Le dépliant d’annonce rappelait les objectifs de ces journées :
Clarifier les enjeux et les concepts d’établissement formateur
Permettre de générer le besoin de devenir établissement formateur
Construire l’établissement formateur ensemble et par chaque corps d’appartenance
Outiller les acteurs
Les participants du groupe de travail ISP qui a produit un rapport de recherche [1]sur cette même question figuraient parmi les invités. Six membres du groupe sur huit se retrouvaient parmi la centaine de participants à ces journées. FORMIRIS fera une reprise et un bilan de ce travail le 26 novembre. D’ores et déjà nous pouvons donner un coup de projecteur sur quelques idées-force issues des apports des intervenants et des réflexions des participants reprises par les rapporteurs des ateliers au cours de la table ronde de clôture le mardi après-midi.
A partir de l’intervention d’ouverture de Philippe Carré [2] le lundi matin, nous choisirons de mettre en relief trois axes de travail possibles :
Une question : Comment créer un milieu hospitalier, nourricier ? En effet les enquêtes réalisées pour mieux comprendre comment se font les apprentissages des adultes montrent qu’on apprend rarement sous l’action intentionnelle et directe d’autrui. L’image de l’iceberg est une bonne image : acceptons que les formes structurées d’intervention ne produisent que 15% des effets de formation. Ce que l’on développe comme compétences relève souvent de situations fortuites, c’est le fruit d’un milieu. Comment donc l’établissement peut-il être terreau d’apprentissage ?
Un constat rappelé par Philippe Carré : On apprend toujours seul mais jamais sans les autres, les autodidactes s’appuient très souvent sur de larges réseaux sociaux. Un élément de réponse à la question précédemment posée pourrait se trouver dans la qualité des échanges et de la coopération entre les membres d’un collectif de travail. Bertrand Schwartz disait déjà en 1973 « un adulte ne se formera que s’il trouve dans la formation une réponse à ses problèmes dans sa situation ». Comment l’organisation du milieu (que ce soit le milieu de travail ou le temps de la formation « formelle ») favorise-t-elle l’émergence des questions, le travail de problématisation, la construction d’hypothèses de travail pour résoudre les problèmes posés ?
Un passage obligé : l’engagement et l’implication. Après avoir défini l’apprenance comme « un ensemble durable de dispositions favorables à l’acte d’apprendre dans toutes les situations : formelles ou informelles, de façon expériencielle ou didactique, auto-dirigée ou non, intentionnelle ou fortuite », Philippe Carré insiste sur le fait que l’apprenance est une attitude qui suppose la convergence de trois choses : des représentations, des affects et des intentions. Les quatre leviers de la motivation à se former sont :
L’importance des motifs d’engagement (le projet)
Le sentiment d’efficacité personnelle à apprendre, à exercer les compétences visées (la confiance)
Le sentiment d’autodétermination (le choix)
La motivation intrinsèque (le plaisir).
Ces leviers peuvent fournir une grille de lecture utile sur la qualité « nourricière », « hospitalière » d’un milieu de travail, dans sa capacité à laisser des marges de manœuvre (levier 3), faire confiance et valoriser (levier 2), mobiliser sur un projet et donner envie de s’engager (levier 1), favoriser une ambiance positive et du plaisir au travail (levier 4).
Philippe Carré terminait son intervention en citant Kant : « Ce que l’on apprend le plus solidement et ce que l’on retient le mieux, c’est ce que l’on apprend en quelque sorte par soi-même ». Une façon d’inviter les organisations et les institutions à créer les conditions du développement des personnes en leur ouvrant l’espace de ce que Yves Clot nommerait leur « pouvoir d’agir » et Philippe Zarifian « leur prise d’initiative et de responsabilité sur des situations professionnelles auxquelles ils sont confrontés ».
Richard Wittorski ponctuait les deux journées de mises au point sur les concepts utilisés. On pourra retrouver ses apports dans le document réalisé en amont des journées d’étude avec le groupe de travail FORMIRIS, en ligne sur le site :
[http://medias.formiris.org/sitecoles_2332_3.pdf.
A l’intervention de Philippe Carré succédait le mardi 13 octobre celle de Michel Bizac, psychosociologue, gérant du cabinet de consultants Aegist conseil.
Après avoir rappelé qu’on devenait organisation apprenante dans la durée, l’intervenant en évoquait les ingrédients essentiels selon lui :
mettre en place un système organisé autour du résultat visé
se doter d’organisations responsabilisantes
valoriser la prise d’initiatives donc réserver un espace d’autonomie
travailler sur les retours d’expérience
évaluer ce qui est entrepris, procéder à des réajustements permanents .
On retiendra plus particulièrement trois diapositives du power-point support de sa conférence :
la pyramide inversée, illustration du passage nécessaire - pour devenir organisation apprenante - d’une direction autocratique et hiérarchique à une organisation « qui ouvre au travail intelligent » et associe les acteurs à toutes les étapes du projet, de la définition à leur mise en œuvre en passant par les ré-ajustements nécessaires (document 1)
l’invitation à sortir des schémas tayloriens : « le plus petit équipier a droit à sa tête » (document 2)
la mise en place de modes de travail où l’on apprend - ce qui remet en cause l’idée largement partagée qu’on apprend forcément « sur le tas », et permet d’attirer l’attention sur le fait que toute situation de travail n’est pas forcément formatrice et qu’on peut « désapprendre » dans l’exercice d’une activité professionnelle(document 3).
Michel Bizac terminait sur les voies sans issue et sur l’image de la « Route du cul de sac ». Parmi les impasses on pourra pointer :
un projet qui n’est que le projet du chef
le clivage entre ceux qui sont « censés savoir » et ceux qui sont maintenus dans l’exécution routinière
la peur du collectif
le cloisonnement disciplinaire
l’absence de modes de fonctionnement formalisés au quotidien et de régulation
...
La table ronde de clôture donnait la parole aux rapporteurs des cinq ateliers qui, en trois temps, avaient permis à chaque corps d’appartenance de se réapproprier les apports des conférenciers et de partager les questions et propositions des participants.
La remontée a été riche de propositions et d’éléments d’analyse qui seront très certainement repris par le groupe de pilotage le 26 novembre. On peut en extraire quelques éléments récurrents :
la remarque de plusieurs groupes sur l’intérêt qu’il y aurait eu à travailler en groupe multi-appartenance
l’importance des interfaces : ce est décisif dans les évolutions pourrait bien se jouer là : y être particulièrement attentifs
mutualisation, capitalisation, valorisation sont trois maîtres-mots revenus très fréquemment dans les propos des différents groupes
micro/meso/macro : un va et vient permanent est sans doute à effectuer entre ces trois échelles pour tenir à la fois la vision globale et chaque micro-réalisation avec une attention particulière aux effets de système. L’établissement-formateur est un élément d’un système plus large, en interface avec d’autres acteurs et d’autres organisations,
freins et leviers sont présents en même temps face à chaque initiative ou changement ; ce qui est au départ identifié comme freins peut se transformer en leviers s’il y a engagement des personnes et co-élaboration d’une action commune,
les décideurs ont pour fonction première d’impulser et d’entretenir un « milieu nourricier », ce qui passe par du formel, de l’informel, du non-formel,
la pratique réflexive et la logique de contractualisation sont deux ingrédients majeurs du passage à des organisations apprenantes,
...
Le défi maintenant : que la réflexion puisse se démultiplier et engager à la base le plus grand nombre d’acteurs possible !
Ces deux journées d’étude pourront être mises en perspective avec celles que l’ISP avait organisées en mars 2007 sur le même thème. On en trouvera un compte rendu sur ce site :
[http://www.isp-formation.fr/article.php3 ?id_article=112]
[1] Recherche 2007/2009, « L’établissement-formateur », achevé en juillet 2009. Membres du groupe : Florence Barette, André Blandin, Michel Doremus, Véronique Glineur, Hélène Guillaume, André Niget, Nicole Priou, Guy Vidal.
[2] Professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre la Défense, Responsable de l’équipe « Apprenance et formation des adultes »,


